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L’église Saint-Ouen de la Chaise-Baudouin

Granit, XIVe-XVIIIe siècles.


HISTOIRE - DESCRIPTION ARCHITECTURALE - MOBILIER

L’église de la Chaise-Baudouin est certainement le monument le plus ancien de la commune, comme dans beaucoup d’endroit. Elle est dédiée à saint Ouen, né au VIIe siècle. Ami de saint Eloi et du roi Dagobert, il fut nommé évêque de Rouen en 641. Eglise de la Chaise-Baudouin

Histoire

Il n’exista sans doute pas d’église paroissiale proprement dite avant le XIIe siècle. L’emplacement du cimetière actuel, de forme circulaire, était en effet celui d’une résidence seigneuriale dont la propriété est attribuée à Baudouin de Mosles, grand seigneur normand apparenté aux ducs de Normandie.

La première église, dont il ne reste aucune trace sinon l’emplacement fut donc, très probablement, la chapelle de cette Case Balduini, cette « Maison de Baudouin ».

Cependant, dès le début du XIIIe siècle, l’église appartenait pour moitié à un membre de la famille Meurdrac, puissante famille ayant donné son nom à la paroisse de la Meurdraquière et richement possessionnée entre Avranches et Coutances. Il donna son droit aux chanoines de la cathédrale Saint-André d’Avranches. L’autre moitié appartenait vraisemblement aux dames religieuses de la Trinité de Caen, qui possédaient aux moins la moitié des dîmes de la paroisse [1].

Cependant, au siècle suivant, à l’aube de la guerre de Cent Ans, l’église appartenait entièrement au seigneur du Val-de-Sée, dont le château se trouvait à Tirepied. Du point de vue féodal, la paroisse de la Chaise dépendait presque entièrement du Val-de-Sée. Ce fief donna en effet son nom au doyenné du Val-de-Sée, circonscription ecclésiastique à laquelle appartenaient les paroisses de la Chaise-Baudouin et de Chérencé-le-Héron.

Le fief ayant été confisqué par le roi Philippe VI à un membre de la famille Tesson, le droit de patronage [2] de l’église de la Chaise arriva dans la main du roi de France, duc de Normandie. Louis XI le donna ensuite, au XVe siècle, aux chanoines de l’église Notre-Dame-de-Cléry, dans le Loiret ; église qu’il affectionnait et où l’on voit encore son tombeau. Le chapitre de Cléry conserva le patronage jusqu’à la Révolution.

Entre temps, l’église eut à subir les désagréments des guerres de Religions, qui la laissa paraît-il, en état de ruine.

Fermée quelques temps pendant la Révolution, elle fut vite réouverte sous le directoire, mais elle resta longtemps dans un état lamentable. Monseigneur Robiou, évêque de Coutances, harengua un jour le curé de la Chaise : « Mon pauvre curé, vous avez une église qui ressemble à une étable de Béthléem ! » [3].

Elle fut donc restaurée et se trouve aujourd’hui dans un bel état de conservation, dont voici la description.

DESCRIPTION ARCHITECTURALE

Archéologiquement parlant, les plus anciennes parties de l’église actuelle sont les fenêtres de la nef, que l’on peut attribuer au XIVe siècle, c’est-à-dire à l’époque de la guerre de Cent-Ans. Hélas, il s’agit manifestement de remplois dans un mur plus tardif. Nous allons nous attacher, ci-après, à décrire cet édifice, à l’extérieur, puis à l’intérieur, avec pour terminer quelques notes sur le mobilier.

L’extérieur

Le clocher - L’élément le plus imposant de l’église est ce gros clocher trappu pourtant si familier aux Chaiserons. C’est également la partie la plus ancienne de l’église, bâtie au cours du XVe siècle, vers la fin de la Guerre de Cent Ans. C’est peut-être l’œuvre des chanoines de Cléry, mais rien ne l’atteste.

  • Les murs épais du clocher sont percés de plusieurs meurtrières qui pourraient laisser penser à une construction défensive. Ce serait alors le seul monument fortifié de la commune.
  • Le toit est couvent « en bâtière », c’est-à-dire à deux pans. Cette forme, moins onéreuse qu’une flèche de pierre, est devenue très commune à partir du XVe siècle, là où les paroissiens pouvaient se permettre financièrement la construction d’un clocher.
  • Notons enfin qu’avant la construction du château d’eau, tout proche, le clocher de l’église était le point de vue le plus élevé de la commune, d’où on voit parfaitement Avranches et la baie du Mont Saint-Michel.

La chapelle nord - Autre construction du XVe siècle, la chapelle nord de l’église fut peut-être autrefois une chapelle seigneuriale [4], peut-être cette des seigneurs du Montier, dont le manoir voisine avec l’église. Le parement du pignon nord de cette chapelle est fait de carreaux de granit, ce qui atteste une forte dépense, comme au clocher de Rouffigny, à la même époque.

La Nef - La construction de la nef est difficile à dater, notamment à cause des remplois d’éléments anciens, comme les fenêtres. Il est probable que cette partie de l’église fut bâtie dans le courant du XVIe siècle, bien avant 1600. La seule date certaine est celle de l’agrandissement en 1750 et la construction d’une nouvelle façade de granit.

  • La porte aux hommes est une petite porte latérale située du côté sud de la nef, près du clocher. Le linteau en plein cintre ne doit pas faire d’elle une porte d’origine romane. Les moulures sculptées dans le granit de la Chaise la font appartenir au XVIe siècle.
  • Les fenêtres de chaque côtés de la nef appartiennent presque toutes au XIVe siècle, à l’exception des ouvertures pratiquées au XIXe siècle du côté nord, et qui imitent adroitement les fenêtres anciennes.
  • La porte de la façade possède un linteau en anse de panier caractériqtique du XVIIIe siècle, dans l’Avranchin, comme à Braffais et dans quelques églises des environs.
    • Cette porte est surmontée d’une petite fenêtre axiale de façade dans le même style, dont la présence, voulue par un architecte, vise à casser l’austérité du pignon droit sans décor.

Le chœur - Partie la plus sacrée de l’église, le chœur appartient au début XVIIe siècle. L’allure générale est toutefois d’aspect médiéval. Le plan du chœur paraît en effet plus ancien que le XVIIe siècle : deux larges travées voûtées ; un chevet plat ouvert d’une grande fenêtre axiale comme aux XIV-XVe siècles. Cette observation nous laisse penser que l’ensemble chœur-clocher-chapelle nord fut édifié à la même époque. Mais que, le chœur ayant été ruiné, il a été rebâti sur le même plan et dans les mêmes proportions, exception faite du chevet de l’église et de quelques élément décoratifs propre à l’époque de Henri IV.

  • Le parement extérieur est en pierre de taille. On le doit à la dépense des chanoines de Cléry qui étaient chargés de l’entretien du chœur. Deux grandes fenêtres latérales semblent avoir existé avant le XIXe siècle ; pourtant, le tracé paraît incertain.
  • Le chevet de l’église est incontestatblement la plus belle partie de toute l’église. Si l’on s’en tient au style exprimé, l’art de la Renaissance, et à la date de 1606 inscrite sur l’un des clefs de voûte du chœur, on doit supposer que le chevet fut entièrement reconstruit à cette époque :
    • C’est une symétrique, percée d’une grande baie axiale en tiers point (c’est-à-dire en forme d’ogive). La baie est entourée d’un pilastre cannelé qui épouse la forme de l’ogive. Deux petits chapiteaux ioniques, semblables à ceux que l’on retrouve à l’intérieur du chœur, viennent toutefois briser ce pilastre unique. Un larmier en granit couvre le tout pour guider les eaux de pluie hors de la fenêtre.
    • Notons toutefois ici que le remplage de cette grande fenêtre (les meneaux qui portent le vitrail) fut ajouté au XIXe siècle.
    • A chaque angle, s’élève un haut contrefort placé de biais. Eux aussi en pierre de taille, ils sont surmontés chacun d’un fronton triangulaire que couronne un pot-à-feu en granite.
    • Le chevet de l’église de la Chaise apparaît donc comme une œuvre rare de la Renaissance normande : c’est l’une des rare construction religieuse de ce type dans l’Avranchin : qui plus est, l’ensemble est taillé dans le granite, matériau peu propice à l’exécution des fioritures de cette époque. Le château de Ducey appartient à la même époque.
  • Il faut souligner enfin la présence curieuse de cette grande baie dans une reconstruction de l’après Concile de Trente. Le mouvement de l’art religieux qui suivit ce Concile voulut mettre en valeur le sacrement de l’eucharistie, notamment grâce à des retables majestueux. Ils sont encore nombreux dans nos églises, mais bien souvent, il a fallu obstruer la grande baie axiale pour les établir : le cas est même encore très fréquent.

Il ressort de cette étude du chœur que bien des pierres que nous croyons du XVe siècle ont été remployées, à l’exception des contreforts et de la grande fenêtre axiale. Enfin, une sacristie a été adjointe au chœur dans le courant du XIXe siècle. C’est la seule partie de l’église a être véritablement sans cachet.

L’intérieur

Le visiteur entre nécessairement dans l’église par la petite porte aux hommes : c’est de là que nous commencerons notre visite.

La nef - Bâtie (ou rebâtie), nous semble-t-il, dans le courant du XVIe siècle, peut-être après les ravages des Huguenots, la nef de l’église possède d’épais murs couverts d’un enduit de chaux. Elle n’est pas voûtée mais seulement recouvert d’une charpente lambrissée. La forme de cette voûte de bois la fait appartenir au XVIIIe siècle. C’est en 1750 que l’église fut agrandie vers l’est, avec la contruction d’un nouveau pignon. Cependant, le lambris actuel a été refait au XXe siècle.

Le chœur et le sanctuaire - Reconstruit en 1606, cet ensemble a gardé un certain nombre d’éléments du XVe siècle. La base des murs du chœur est vraisemblament de cette époque, notamment la première travée, qui donne sur les deux chapelles latérales. Il est probable qu’une partie des arcs de la voûte soit antérieure au XVIIe siècle. En revanche, à plusieurs endroits, la base de ses croisées d’ogives est un pilastre cannelé surmonté d’un chapiteau ionique semblable à ceux du chevet. Cela montre bien que la campagne des travaux de 1606 a été marquée par une restauration complète du chœur.

  • Dans le sanctuaire, dans le mur sud situé à droite du maître-autel, on peut encore voir la "piscine" ou lavabo. Cet ouvrage appartient là aussi au XVe siècle.
  • le sol du sanctuaire a cependant été surélévé au XVIIIe siècle et décoré de carreaux de marbre blancs et noirs formant damier. C’est ce qui explique la position basse du lavabo sanctuaire.

Chapelle sud (clocher) - On entre dans la chapelle sud par un grand arc de granit qui appartient sans conteste au XVe siècle. Les murs sont là très épais. Deux grandes fenêtres viennent éclairer ce lieu qui possédait lui aussi, autrefois, un autel sur le mur est, comme l’atteste la présence d’un autre lavado liturgique en granit sculpté. Les contours sont cette fois décorés de flamèches typiques de l’art flamboyant du XVe siècle.

Chapelle nord - En face de la première chapelle, existe une seconde chapelle ouverte elle aussi sur le chœur par un grand arc en granit. Les moulures de cet arc, quoique différentes, sont aussi du XVe siècle. La chapelle est entièrement voûtée, elle possède une petite clef de voûte en forme de roue. Une porte, ouverte au XIXe ou XXe siècle permet d’accéder dans a chapelle depuis le cimetière.

  • Deux grandes fenêtres éclairaient autrefois cette chapelle, mais l’une d’elle, ouverte à l’est a été bouchée au moment de la construction de la sacristie. Elle sert aujourd’hui de niche pour une statue ; toutefois, son décor est encore bien visible et montre une facture soignée.

Le mobilier

On appelle mobilier d’une église tout ce qui, en dehors des détails architecturaux, vient décorer une église, de manière pratique. En effet, toute partie du mobilier doit avoir une fonction effective, ou avoir eu cette fonction, pour justifier sa présence dans l’église ou dans le cimetière. Le mobilier consiste en un lot d’objets d’art appelés "meubles", c’est-à-dire que l’on peut déplacer (ex : des bans, une croix de procession), mais aussi en objets dits "immeubles par destination", c’est-à-dire qu’on ne peut déplacer, à moins de les démonter (ex : des vitraux, des fonts baptismaux en pierre, etc.)

On peut qualifier l’église Saint-Ouen de lieu riche en antiquités et en objets d’art, que nous allons nous attacher à décrire brièvement ci-après, en rappelant au besoin leur fonction.

Le maître-autel du chœur est un ouvrage en bois sculpté, peint et doré de la première moitié du XVIIIe siècle.

  • Le tombeau est ornementé de faux-marbre et au milieu, une applique en bois doré représentant une croix archiépiscopale et une mitre, attachées par un ruban flottant. C’est probablement une référence à la qualité d’évêque de Rouen du saint patron de l’église de la Chaise : saint Ouen. Mais Rouen n’est un archevêché que depuis le VIIIe siècle.
    • Le tombeau du maître autel repose sur un emmarchement à trois degrés, c’est-à-dire que trois marches permettent au prêtre de monter à l’autel, comme le prescrivent les livres liturgiques. C’est au pied de ces marches que le prêtre chantait l’Introibo ad altare Dei.
  • De chaque côté du tombeau, des panneaux de bois peints possèdent eux aussi une applique en bois doré. Ces panneaux viennent d’être restaurés par la municipalité.
  • Des piédestaux latéraux portent aujourd’hui deux statues de saint. Il semble qu’ils portaient autrefois (jusqu’au XIXe siècle) quatre colonnes de bois peint de faux-marbre, et couronnés de chapiteaux corinthiens en bois doré. Seuls subsistent ces chapiteaux, conservés dans l’église.
  • Ces colonnes et les deux statues composaient une partie de l’ancien retable, aujourd’hui disparu. La disparition de ce retable peut être lié à la restauration du grand vitrail de la baie axiale, placé derrière le maître autel.
  • Enfin, un tabernacle de la fin du XIXe siècle remplace actuellement celui du XVIIIe siècle qui a dû exister au cœur du retable. C’est un ouvrage de style néo-gothique dénué d’intérêt artistique, mais c’est le centre même du sanctuaire de l’église.

Les stalles se trouvent de chaque côté du chœur. C’est un élément habituel des chœurs d’église dont la fonction liturgique est connue. C’est là que se plaçaient les chantres formant la chorale, qui répondaient au prêtre pendant la messe ou les vêpres.

  • Ces stalles ont été placées au XIXe siècle et dessinées dans un style gothique flamboyant. Cependant, il semble que les griffons qui ornent les accoudoirs soient d’une facture plus ancienne.

(en cours... 13 juin 2004)

Notes :

[1] D’où le nom des « Abbayes » donné au fief qui était en leur possession à cette époque.

[2] C’est-à-dire le droit de nommer le curé du lieu.

[3] Anecdote rapportée par Mgr Lerouge.

[4] Les chanoines de Cléry ne venaient jamais à la Chaise-Baudouin, où il n’avaient pas de terres, mais il se peut qu’ils soient là aussi les fondateurs de cette chapelle.