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Histoire de Chérencé-le-Héron

Par Nicolas Lecervoisier.

Il existe plusieurs ouvrages historiques sur l’ancien pays d’Avranchin, dans lesquelles on peut puiser les mentions propres à l’histoire de Chérencé-le-Héron.

Les anciennes paroisses étaient des territoires créés pour délimiter avec précision la compétence des prêtres des diverses églises construites en Europe à partir de l’an Mil. A l’origine, ces églises ou chapelles étaient le lieu de culte du domaine du seigneur local, de ce qui deviendra la seigneurie. Les limites des paroisses ont donc commencé a être fixées vers le XIe siècle jusqu’au XIIIe siècle environ.

Chérencé...

Chérencé est un domaine très ancien, comme peut le laisser croire son nom, Carenceium Heironis, probablement tiré de carenciacum*, nom de domaine en -iacum très fréquent dans le sud de la Manche (noms en -é, -ey ou -y). Dans une autre région de France, nous aurions eu probablement « Carency » ou encore « Charensiac ». Le domaine de Rouffigny, tout proche, tire son nom d’un probable Ruffinus : « Ruffin-iacum ». Ce type de toponyme apparaît à la fin de l’époque mérovingienne ou au début de l’époque carolingienne, avant les invasions normandes.

Autour de Chérencé existait une grande forêt du domaine ducal appelée la « forêt d’Avranchin » puis « le Bois-Baudouin » [1] : elle fut peu à peu dépecée à l’époque des grands défrichages (XIIe-XIIIe siècle) et l’on y bâti également églises et villages. C’est ainsi que Chérencé s’entoura de la Chaise-Baudouin, Sainte-Cécile, Saint-Pierre-du-Tronchet, et de Saultchevreuil.

Chérencé fut le siège d’un important château de terre, de forme ovoïdale, que traverse aujourd’hui la départementale. L’œil attentif du passant devine les courbes et les fossés subsistants que révèlent parfaitement le plan cadastral et les photographies aériennes.

On peut estimer la création de ce château au XIe siècle, au lieu de l’ancien domaine rural carolingien. L’insécurité croissante de l’époque de l’an Mil encourage la construction de châteaux de terre en grand nombre, et souvent sans l’accord du duc de Normandie, seul maître véritable.

Le château et la seigneurie appartenaient aux XIIIe et XIVe siècles à la famille de HUSSON, futurs comtes de Tonnerre, en Bourgogne [2]. Ces derniers étaient également seigneurs de Husson, près de Mortain, leur fief d’origine, mais également de Ducey. C’est probablement la raison pour laquelle Chérencé-le-Héron et Ducey appartenaient tous deux au doyenné du Val-de-Sée, malgré la distance qui les sépare.

Comme Ducey, Chérencé passa dans la famille des comtes de Montgommery, dont l’un des membres, Gabriel II blessa mortellement le roi Henri II au cours d’une joute, en 1559. Pourchassé comme régicide, il devint un féroce partisan du parti huguenot.

...le Héron

Le Héron dont il est question ici n’est pas l’oiseau à la crête magnifique, mais simplement un prénom devenu nom de famille. Il est probable que l’un des anciens seigneurs de Chérencé se dénommait « Hairon ». Peut-être était-ce ce Robert Hairon, que l’on voit signer une charte de l’abbaye de la Lucerne en 1185 ou Richard Hairon en 1187 [3]. De même que, semble-t-il, Chérencé-le-Roussel, non loin, fut le fief de la famille Rouxel ou Roussel, passée depuis en Angleterre (les Russel).

Aujourd’hui, ce patronyme est encore porté un peu partout sur la planète. L’oiseau est tout de même arrivé dans la commune, puisque la municipalité vient d’intituler son bulletin d’informations municipales : Le Héron

Bibliographie sommaire :

Le lecteur lira avec intérêt l’étude en deux volumes publiée par Gérard Le Provost, Chérencé-le-Héron et ses voisines, chez l’auteur, broché. Malheureusement, les exemplaires de cette brochure sont quasiment introuvables aujourd’hui. Un exemplaire est toutefois consultable à la Bibliothèque municipale d’Avranches, place Saint-Gervais.

De cette brève histoire, on retiendra qu’il ne subsiste d’ancien à Chérencé que l’emplacement du château, autrefois appelé « les Douves » et que tout le monde appelle désormais « le Bourg ».

C’est là aussi que fut construite la première église de Chérencé-le-Héron.

Notes :

[1] Voy. la rublique consacrée à l’histoire de la Chaise-Baudouin.

[2] Terre passée ensuite dans la famille de Clermont-Tonnerre, au XVIe siècle.

[3] Edouard Le Héricher, L’Avranchin monumental et historique, Avranches, 1846, t. II, p.689.